Il y a un an et demi, un malentendu plutôt amusant s’est glissé entre une jeune Argentine et moi concernant ma nationalité. J’ai ainsi dû lui expliquer que la Belgique et le Belize sont deux États distincts, établis sur deux continents distants de plusieurs milliers de kilomètres et qui, à ma connaissance, n’ont en commun que leur petite taille et les trois premières lettres de leur nom.
Cette anecdote, j’aurais pu tout à fait l’oublier si je n’avais pas dû, quelques mois plus tard, informer une jeune employée de la poste allemande que, oui, la Belgique fait bel et bien partie de l’Union européenne (!). Surpris par sa question, j’ai tenté tout d’abord de lui faire avaler que, non, la Belgique est un petit État d’Amérique centrale. C’était sans compter avec son aide-mémoire de poche, imprimé aux couleurs de la Deutsche Post, grâce auquel tout est finalement rentré dans l’ordre.
Qu’une jeune latino-américaine, fraîchement débarquée en Europe, ignore mon pays au point de le confondre avec le Belize, quoi de plus compréhensible ? Mais que dire par contre de ma postière ? N’a-t-elle jamais entendu parlé de Bruxelles ? Je me suis d’ailleurs demandé après coup si la Belgique ne serait pas en train de subir une forme de concurrence déloyale de la part de sa capitale. En ce sens que le caractère européen de Bruxelles aurait tendance à faire oublier à certains qu’elle est d’abord et avant tout la capitale d’un État souverain et indépendant appelé Belgique. Sans aucun doute, l’idée m’a paru intéressante à creuser. Mais depuis qu’un employé d’une compagnie de courrier express m’a demandé : « Bruxelles… Bruxelles… c’est la Suisse, ça ? », le problème ne me paraît déjà plus aussi simple à résumer. S’agissant d’assurer la notoriété de Bruxelles, il n’est d’ailleurs absolument pas dit que le statut de capitale européenne soit aussi payant que ça : la Deutsche Bahn, qui sur son site internet se vante d’offrir un train de nuit à destination de toutes les métropoles d’Europe (de A pour Amsterdam à Z pour Zürich), a jugé qu’il n’était plus indispensable d’y inclure Bruxelles… Sur la ligne Paris-Berlin, c’est désormais à la petite ville provinciale de Metz qu’il revient de servir de relais. Bruxelles, ma belle, tu t’es fait avoir comme une débutante !
Mais je n’en ai pas fini avec mon histoire de nationalité ; celle-ci a même pris un tour nouveau il y a deux semaines lorsque je me suis aperçu que l’administration fiscale allemande m’avait inscrit non pas comme ressortissant belge mais comme ressortissant belizéen (!!). Décidément, ils y tiennent… Après avoir bien rigolé, je me suis évidemment empressé de signaler la méprise. Mais voilà : j’attends toujours une réhabilitation, tout en priant la Providence de ne pas être bientôt embarqué dans le premier avion pour Belmopan, ma nouvelle capitale. D’autant que, pour parfaire le tableau, le seul papier officiel que j’aie en ma possession depuis trois semaines est une déclaration de vol rédigée par la police de Cracovie (en polonais s’entend).
Pendant que vous savourez le comique de la situation, moi, je m’interroge… Au risque de déforcer un peu mon propos, j’aurais envie de dire : « Ça n’arrive qu’aux Belges, des histoires pareilles ! ». Je dis ‘déforcer’ parce qu’il est de bon ton, semble-t-il, de reconnaître à la Belgique ses mérites et d’accepter, sans les exagérer et avec « un peu d’humour, voyons », ses défaillances. Pour un oui ou pour un non, on en viendrait à invoquer cette fameuse belgitude dont on ne sait plus très bien d’ailleurs ce qu’elle signifie et qui, sans doute au même titre que la solidité allemande ou l’élégance française, devrait nous servir de label de qualité. Mais on ne va quand même pas pouvoir tout lui mettre sur le dos, à cette malheureuse belgitude ! Ce serait trop facile. Au-delà de l’anecdote, je crois sincèrement que nous devrions nous interroger sur l’image que nous donnons de nous à l’étranger. Des déclarations faites aux Pays-Bas dans le cadre de l’affaire Fortis l’ont encore récemment démontré.
La prochaine fois que vous partez en voyage, demandez aux gens que vous croisez ce qu’ils connaissent de la Belgique. Au passage, je tiens d’ailleurs à préciser ici que, contrairement à ce que vous pourriez imaginer, je n’en veux pas plus à nos voisins allemands qu’à d’autres. Il se fait que j’habite à Berlin et que c’est là que je récolte ma matière… Non finalement où que vous alliez, si vous interroger les gens, vous avez droit au même tiercé gagnant : Marc Dutroux, le Vlaams Blok et à une vague affaire de Flamands et de Wallons qui passent le plus clair de leur temps à s’étriper. À l’inverse, la diversité de nos bières est presque systématiquement réduite à la kriek framboise et Jacques Brel est Français, c’est bien connu… Alors oui, la bande dessinée belge, le cinéma belge, la mode belge, quelques grands sportifs, quelques juristes renommés…, tous et toutes aident grandement au rayonnement de notre pays à l’étranger et ils méritent notre admiration et notre soutien. Mais très honnêtement que font nos politiciens ?

Je n’en veux pas à cette malheureuse postière dont j’ai parlé plus haut. Pas plus à elle qu’au président de la Deutsche Bahn qui, pour des raisons bassement commerciales, considère qu’entre Berlin et Paris, Bruxelles ne vaut finalement pas le détour. Ni à ces ignares qui parviennent tout juste à garder en mémoire Marc Dutroux, l'extrême-droite flamande et notre pugilat national. Qui pourrait leur en vouloir ? Nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-mêmes et à cette brochette de politiciens wallons, flamands et bruxellois qui gaspillent notre temps, notre énergie et notre argent à se chamailler pour des stupidités. Nos voisins, eux, se contentent d’attendre que la brume se lève pour y voir clair. Et en profitent pour nous voler incognito deux ou trois vaches à lait et pour nous bousiller nos routes. Au fond, ça ressemble à quoi le Belize ?
(merci à Clepsydre pour la photo)
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